itch.io active son filtre « no AI » et purge des téraoctets de slop. Une bouffée d’oxygène pour les indés, ou un pansement sur une jambe de bois ?
Le store indie a enfin sorti l’artillerie lourde. Depuis hier, un bouton « no AI » permet d’exclure les jeux, comics, OST et autres créations utilisant de l’IA générative. Une réponse en urgence à l’invasion des clones algorithmiques, mais qui laisse un goût d’inachevé.
itch.io renforce sa politique. La plateforme propose désormais un filtre « no AI » dans ses résultats de recherche, étendu aux jeux de société, bandes dessinées et bandes-son. Depuis deux ans, elle exigeait déjà cette déclaration pour les assets. Comme nous vous l’expliquions ce matin, le nombre de pages de jeux créées chaque jour sur la plateforme a doublé en deux mois, un chiffre révélé par itch.io lui-même et repris par Eurogamer. La plateforme n’en donne pas la cause.
La purge a été brutale. « On vient de supprimer quelques téraoctets de slop », a annoncé itch.io sur Bluesky, avec un avertissement clair : « Ce n’est pas parce que vous pouvez uploader 10 To de modèles générés par IA mal optimisés que vous devez le faire. » IGN précise que cette opération visait les contenus spammeurs, conformément aux règles du site interdisant les uploads massifs de variations algorithmiques d’un même projet.
Pourtant, la plateforme reste loin d’un bannissement total. L’IA n’est pas interdite en soi : selon les règles du site, elle doit être clairement déclarée et apporter une valeur substantielle à l’expérience utilisateur. Rock Paper Shotgun souligne cette limite : les créateurs mal intentionnés pourront toujours contourner les règles en omettant de déclarer leur usage d’IA.
Le contraste avec les autres géants du secteur est saisissant. Steam, malgré ses règles de transparence, ne propose toujours pas de filtre similaire. Résultat : les développeurs dénoncent des clones instantanés de leurs jeux, un problème aggravé par le dernier Steam Next Fest. Valve, de son côté, a renvoyé la responsabilité aux créateurs : « Plutôt que de vous appuyer sur une mécanique unique que quelqu’un peut facilement copier, vous devez continuer à faire grandir votre jeu avec des fonctionnalités, une personnalité et une créativité issues de votre propre regard », a déclaré Tom Giardino.
Epic Games, lui, assume une ligne pro-IA. Tim Sweeney a critiqué la politique de Valve, la qualifiant de « geste politique ». Une position qui tranche avec l’approche prudente d’itch.io.
Le vrai casse-tête pour itch.io ? La modération. Avec une équipe réduite à un employé à temps plein, plusieurs prestataires et des bénévoles, la plateforme reconnaît que ses outils étaient jusqu’ici « gravement insuffisants ». Rock Paper Shotgun souligne l’impossibilité d’une vérification manuelle face au volume de contenus à contrôler.
Même avec le nouveau filtre, les failles persistent. Les modérateurs n’auront pas les moyens de traquer les déclarations omises, sauf à transformer itch.io en machine à censure – un scénario incompatible avec son ADN de refuge pour créateurs indépendants.
Ce filtre suffira-t-il à sauver l’écosystème ? Pour l’instant, non. VGC cite l’exemple de Clair Obscur: Expedition 33, lauréat du Game of the Year, dont le prix a été retiré par les Indie Game Awards après la découverte d’assets IA en placeholders. La frontière entre usage légitime et abus reste floue.
itch.io a choisi la transparence plutôt que l’interdiction. Mais dans un contexte où les clones pullulent et où les ventes ne suivent pas l’inflation des uploads, la plateforme semble condamnée à jouer les pompiers… avec un seau d’eau face à un incendie.


























