Fortnite dans le collimateur des Pays-Bas : 100 millions d’euros réclamés à Epic. Et cette fois, c’est une class action qui pourrait tout faire basculer en Europe. Les V-Bucks sont dans la ligne de mire, et les parents en ont ras-le-bol de payer pour les skins de Timmy, 14 ans.
SMC, l’association de défense des consommateurs néerlandaise, passe à l’attaque. Elle lance une action collective contre Epic Games au nom des joueurs de Fortnite mineurs au moment de leurs achats. Montant réclamé : plus de 100 millions d’euros. Au programme : remboursements et dommages pour « pratiques commerciales trompeuses » et collecte illégale de données sans consentement parental. Une première en Europe, où les free-to-play pour ados commencent à sentir le roussi.
Les chiffres de SMC font mal. Sur 1 000 ados néerlandais interrogés (16-19 ans), 60 % des acheteurs de V-Bucks ne réalisaient pas qu’il s’agissait d’argent réel. Pire : la moitié regrettait leurs achats, souvent effectués sous pression. Un effet direct des mécaniques de design pointées du doigt par les régulateurs. En 2024, l’ACM avait déjà infligé à Epic une amende de 1,125 million d’euros pour ces mêmes pratiques, confirmée en janvier 2026 par un tribunal de Rotterdam. Au menu des griefs : des boutons « Acheter maintenant » trop agressifs et des minuteurs conçus pour suggérer faussement que les articles deviendraient indisponibles, exploitant ainsi les vulnérabilités des jeunes joueurs.
« On ne demande pas l’interdiction de Fortnite, mais Epic a été condamné, et un tribunal a validé. La logique veut qu’ils remboursent les joueurs », lance Lucia Melcherts, présidente de SMC. Une position qui rappelle les plaintes contre les loot boxes en Belgique, où les éditeurs ont dû revoir leur copie. Sauf qu’ici, l’enjeu est plus large : c’est une question de responsabilité financière. « Les jeunes consommateurs sont censés être protégés. La facture doit revenir à ceux qui ont conçu le jeu, pas aux parents », insiste-t-elle.
Epic n’est pas le seul dans le viseur. SMC avait également attaqué Sony pour abus de position dominante, accusant le géant japonais d’avoir surfacturé 1,7 million de propriétaires de PlayStation aux Pays-Bas. Une stratégie qui montre que les class actions, longtemps réservées aux États-Unis, débarquent en Europe. Les géants du jeu vidéo feraient bien de revoir leurs mécaniques de monétisation avant que les tribunaux ne s’en chargent.
Reste à voir si Epic acceptera de négocier. SMC a envoyé une mise en demeure et propose un règlement à l’amiable. En cas d’échec, direction le tribunal. Une issue qui pourrait redéfinir les règles du free-to-play en Europe – et rappeler aux éditeurs que les V-Bucks, aussi virtuels soient-ils, ont un coût bien réel.






























