Le rachat d’Electronic Arts par un trio de fonds privés tourne au cauchemar financier. Cette fois, ce ne sont pas les joueurs qui hurlent contre les microtransactions, mais les obligataires – ceux qui détiennent les clés de la dette monstre de 20 milliards de dollars. Un clash qui pourrait bien faire exploser le géant du jeu vidéo, déjà à genoux après le plus gros LBO de l’histoire du secteur.
EA a basculé dans l’ombre en août dernier. Le Public Investment Fund saoudien, Silver Lake et Affinity Partners – dirigé par Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump – ont déboursé 69 milliards pour s’offrir l’éditeur. Pour financer ce rachat, le consortium a emprunté 20 milliards à JPMorgan. Une montagne de dettes qui a fait plonger la note de crédit d’EA en territoire « junk bond ». Comme nous vous l’expliquions lorsque Riyad préparait la fusion d’EA avec Savvy Games, cette dette héritée du LBO pesait déjà lourd sur l’avenir de l’éditeur. Les investisseurs transpirent, et les créanciers commencent à montrer les dents.
Les obligataires, déjà frustrés par l’incapacité d’EA à racheter toutes leurs obligations à temps plus tôt cette année, passent à l’attaque. Selon The Wall Street Journal, un groupe d’entre eux exige désormais un remboursement à 101 % pour deux tranches de 750 millions chacune. Soit 1,5 milliard au total. Une punition pour avoir osé fragiliser leur placement. EA a tenté de transformer ses obligations en actifs ressemblant aux bons du Trésor américain, un mélange de principal et d’intérêts. Mais pour les observateurs, c’est une rustine qui ne tiendra pas longtemps.
Le LBO d’EA, vendu comme une libération face aux actionnaires, se transforme en piège. Avec une dette nette qui frôle les 20 milliards, l’éditeur de FIFA et Battlefield va devoir serrer la ceinture. La pression monte. Et les joueurs ? Ils retiennent leur souffle. Si les créanciers serrent la vis, c’est toute la stratégie de développement d’EA qui pourrait en prendre un coup. Dans un secteur où les blockbusters coûtent des fortunes, personne n’a envie de voir son studio préféré se transformer en machine à rembourser des dettes.






