BioWare n’est plus. Le studio derrière Mass Effect et Dragon Age tire sa révérence, et Greg Zeschuk, son co-fondateur, désigne sans détour le rachat d’EA par un consortium impliquant l’Arabie saoudite comme le coup fatal. Après les révélations de Bloomberg sur l’arbitrage d’EA en faveur de Star Wars Battlefront 3, c’est désormais l’un des pères du studio qui prend la parole. Une fin qui sonne comme un game over forcé, loin des quêtes épiques qui ont fait sa légende.
Greg Zeschuk a appris la nouvelle alors qu’il pêchait, au bord d’une rivière. « J’ai reçu une dizaine de textos. Je suis rentré dans ma petite pièce, j’ai ouvert mon téléphone, et il y avait : “Je suis tellement désolé pour BioWare.” Et moi : “Oh merde.” » Quand il est rentré, il avait déjà digéré la nouvelle et manqué l’essentiel des réactions. « Je n’étais pas là pour partager le moment, ce qui était en un sens agréable, parce que j’ai pu prendre mon temps. »
L’un des trois fondateurs du studio en 1995, avec Ray Muzyka et Augustine Yip, tous étudiants en médecine à l’époque, digère aujourd’hui l’annonce avec un mélange de lucidité et de nostalgie. « C’est triste, surtout pour Edmonton, d’où nous venons. On était une sorte de phare d’espoir et de possibilité. On a montré qu’on pouvait faire quelque chose de vraiment spécial dans un endroit qui n’était pas connu pour ça. »
Zeschuk et Muzyka ont quitté BioWare en 2012, l’année de la sortie de Mass Effect 3. Depuis, le studio a connu des départs et des arrivées, et Zeschuk décrit un changement lent et insidieux, sans en faire la seule conséquence de leur départ. « Je n’aurai pas l’arrogance de dire que Ray et moi étions la pièce maîtresse, que notre départ a tout gâché. Ce n’est pas ça du tout. C’est lent et insidieux, et encore une fois, ce sont les gens. Les gens sont la clé. »
Pour lui, le tournant décisif est le rachat d’Electronic Arts par un consortium impliquant l’Arabie saoudite. Quand il a appris que l’acquisition privée d’EA avait abouti, il a craint que les choses ne tournent mal. « Je pense que ça a été le dernier clou dans le cercueil. C’était en quelque sorte le cœur du problème. BioWare fait des jeux inhabituels, longs et complexes, alors il est plus facile de sortir chaque année des jeux de sport, qui sont à certains égards un meilleur modèle économique. » Une logique industrielle qui, à ses yeux, éloigne le studio de l’ADN narratif qui a donné naissance à des sagas comme Dragon Age ou Mass Effect.
Zeschuk évoque aussi, en passant, la vente de BioWare à EA en 2008. Des jeux qui prenaient leur temps, aux mécaniques audacieuses et aux histoires profondes, qui semblent aujourd’hui moins adaptés au marché.
Reste l’héritage. BioWare a marqué l’histoire du jeu vidéo en prouvant qu’on pouvait raconter des histoires complexes dans un médium souvent réduit à des mécaniques pures. Une fin de partie qui laisse un goût amer, mais qui ne gommera pas l’impact d’un studio qui a osé rêver plus grand.














